Histoire du piano : Pleyel

“L’artisanat d’art au service de la musique”

PLEYEL

Extrait du livre “Les Facteurs de Pianos et leurs Recherches” d’André Chenaud, 1970

Avant d’être un des plus réputés facteurs, Ignace Pleyel était un compositeur et un pianiste de la plus grande valeur. Il en est de même que pour Erard, quand on veut parler de Pleyel, il faut se borner à un résumé des grands faits qui peuvent trouver place dans cette publication.

Ignace Joseph Pleyel, né à Ruppersthal, près de Vienne, le 1er juin 1757, 24°enfant d’un pauvre maître d’école, perdit sa mère à sa naissance. Celle-ci était d’une famille très noble (mais déshéritée à cause de sa mésalliance), d’où il est peut-être résulté que Pleyel trouve de bonne heure des protecteurs, comme le comte Erdoedy, qui lui firent donner une excellente éducation musicale par Haydn.

En 1777, le comte prit le jeune Pleyel comme maître de chapelle, mais lui fournit les moyens nécessaires à un voyage en Italie, où il resta quatre années et se fit de brillantes relations parmi les artistes.

En 1783, il fut nommé à l’école de musique, et maître de chapelle à la cathédrale de Strasbourg. En 1792, il dirigea des concerts à Londres.

En 1795, Pleyel dont les œuvres parues en grande quantité entre 1783 et 1793 étaient de bonne vente, se fixa à Paris rue Neuve des Petits Champs, où il fonda un commerce de musique dans lequel il vendait ses propres compositions. Il devint peu à peu absolument homme d’affaires, fonda une fabrique de pianos et cessa de composer. Le 28 octobre 1808, Ignace Pleyel contracta un bail pour une maison 8, boulevard Bonne-Nouvelle, comprenant boutique, magasin et atelier.

Il embaucha quelques bons ébénistes, fit venir de l’étranger des ouvriers spécialisés, parmi lesquels Baumgarten et Prelipp. Sa manufacture était fondée.

On était encore à cette époque au piano carré. Dès la première année, Pleyel se félicitait d’en avoir construit une cinquantaine. Il eut ensuite des années difficiles, ayant à lutter contre la réputation “foudroyante” des Erard. Il s’employa de son mieux à les égaler, et avant la fin de la sixième année, il sortit son 250° piano. Les affaires s’améliorent de jour en jour en 1815, la maison du boulevard Bonne-Nouvelle n’est plus suffisante, et il faut louer un local 11, rue Grange-Batelière, pour y installer un nouvel atelier.

Ignace Pleyel, dont la santé laissait à désirer abandonne la direction à son fils Camille et à Kalkbrenner, leur associé, pour se livrer aux plaisirs de l’agriculture, dans une propriété près de Paris. Il put encore assister au mariage de Camille en avril 1831 mais il mourut le 14 novembre de la même année.

Bien qu’il ait continué jusqu’à un âge assez avancé, à diriger sa maison toujours plus florissante, il y avait intéressé de bonne heure son fils Camille auquel il avait fait donner une éducation musicale achevée, qui l’avait fait devenir un pianiste remarquable. C”est ainsi que momentanément à Londres, Camille avait joué sur des pianos Broadwood, qu’il appréciait.

Pendant ce temps, les pianos bibliothèques de Stodart, les essais de pianos cabinet de Southwell (1807), le piano-secrétaire d’Erard (1812) aboutirent au piano droit tel qu’il fut présenté par Roller et Blanchet à l’exposition de 1827.

Camille Pleyel le perfectionna et on entreprit la fabrication en 1830, pour sortir un grand oblique.

Les salons Pleyel de la rue Cadet s’ouvraient aux artistes et dès 1832, Chopin y exhalait son romantisme, sa fine et délicate sensibilité.

Le 4 mai 1855, Camille Pleyel mourait et Auguste Wolff, qui était associé depuis 3 ans, devint le successeur des deux Pleyel. Neveu d’Ambroise Thomas, A. Wolff était né à Paris le 3 mai 1821. Ses titres comme musicien étaient des plus sérieux : 1er prix de piano au Conservatoire dans la classe de Zimmermann, élève d’Halévy pour la composition, et professeur de piano au conservatoire de 1842 à 1847.

Pendant trente ans, il dirigea la maison de la manière la plus distinguée, autant par son affabilité envers les artistes, que par ses mérites de facteur. A. Wolff a été à son tour un novateur des plus ingénieux. Ses études d’acoustique et de mécanique ont eu pour résultat la création du piano à queue petit modèle de 1m64, que Gounod baptisa du nom de “crapaud”, du pédalier du clavier transpositeur.

Chevalier de la Légion d’honneur en 1863, A. Wolff avait été nommmé membre du jury à l’exposition universelle de Paris en 1867. A sa mort, en février 1847, c’est Monsieur Gustave Lyon, ancien élève de l’école polytechnique, ingénieur breveté du gouvernement, gendre de A. Wolff et son collaborateur depuis cinq années, qui, n’ayant pas encore atteint l’âge de trente ans, prit la direction de la maison.

Né à Paris le 19 novembre 1857, Gustave Lyon était un homme de science remarquable, un travailleur infatigable possédant une instruction de premier ordre.

La première grande réforme de G. Lyon fut l’introduction du cadre en métal dans la fabrication des pianos Pleyel. Il rechercha la puissance de la sonorité, en calculant la loi de résistance des cordes en proportion, de leur grosseur et en déduisant d’après leur tension et leur longueur, la grosseur qu’elles devaient avoir pour produire un son donné.

Les modèles présentés à l’exposition de 1889 lui valurent un Grand Prix et la croix de la Légion d’honneur. Il adopta les cordes croisées pour les pianos droits, il créa le piano double, la harpe chromatique sans pédale, et le Pleyela (fonctionnant presque automatiquement avec de la musique perforée), il perfectionna les sautereaux du clavecins. Il faut encore signaler à l’actif de Gustave Lyon, ses recherches sur les timbales chromatiques, ses travaux d’acoustique pour faire disparaître les échos de la salle du Trocadéro, son jeu de cloches sur tubes en bronze avec clavier, enfin, un peu avant 1908, un batteur de mesures mettant en communication, dans un théâtre, le chef d’orchestre avec les chœurs chantant dans la coulisse, et permettant de faire partir ceux-ci en avance sur l’orchestre du temps voulu pour que l’auditeur les perçoive ensemble.

Il a fait partie du jury de toutes les expositions et a été président de la chambre syndicale des facteurs d’instruments de musique, depuis 1892, jusqu’après 1908. A cette date, la salle de concert Pleyel était déjà rue Rochechouart ainsi que les salons d’exposition.

En 1839, l’extension des affaires avait déjà nécessité le transfert des installations de la rue Grange Batelière au 9 de la rue des Récollets, le chantier de bois et la scierie étant établis au 5 bis quai d’Austerlitz. Mais un terrible incendie ayant complètement détruit les ateliers en 1851, MM. Pleyel Wolff et Cie en profitèrent pour les agrandir et les transporter en 1867 route de La Révolte à Saint-Denis, où ils étaient encore en 1960, couvrant une superficie de 55 000 mètres carrés avec des bâtiments distincts pour chaque partie de la fabrication, cela dans le but de limiter les risques en cas d’incendie.

De cette manufacture, il est sorti du 1er juillet 1907 au 30 juin 1908, en un an, 3223 pianos et harpes, avec 776 ouvriers et apprentis auxquels on ne confiait une spécialité qu’après 3 ans d’apprentissage. Le nombre total depuis la fondation dépassait 145 000 pianos. En 1970, on arrive au N° 210 500.

L’usine resta là jusqu’en 1960, tandis que les locaux d’administration et d’exposition passèrent de la rue Rochechouart au 1, rue François 1er, et sont maintenant 11, avenue Delcassé, depuis le rattachement à Gaveau en 1960.

Pour chaque marque, il y a eu des essais plus ou moins bien réussis, ce qui permet de dire que, si les pianos droits Pleyel ont eu presque toujours une sonorité puissante et une bonne tenue d’accord, par contre, il y a eu des périodes plus ou moins bonnes pour les queues. Ceux qui ont commencé à sortir vers 1931 avec les numéros 190 000 et plus, ont toutes les qualités, par contre, ceux qui sont sortis avant, avec un cadre entourant seulement le chevillé, accusent presque tous une faiblesse du sommier dont les trous s’ovalisent sous l’effet de la forte tensions des grosses cordes d’acier.

La cinquantaine de médailles et distinctions honorifiques qui ont été décernées à la firme Pleyel confirment sa notoriété.

En terminant, je signale qu’il est encore possible de voir le piano à queue Pleyel N° 7267, que Chopin posséda pendant les deux dernières années de sa vie et qui est conservé comme une relique au siège social.

Note de Xavier Bontemps :

– Les pianos à sommier découvert sont en effet plus fragiles, mais sont d’excellents instruments, et une surveillance hygrométrique suffit à les maintenir en bon état. Les sommiers fendus de ces pianos sont remplaçables par des sommiers en multiplis (Delignit) qui ont alors la résistance suffisante pour contrer la traction des cordes. Remplacer un sommier d’un Pleyel “sommier apparent” redonne vie à un piano d’exception.

– Le Pleyel de Frédéric Chopin N° 7267 se trouve maintenant au Musée de la Musique de La Villette à Paris.

– 1971 : vente des trois marques réunis, Pleyel, Gaveau et Erard, à la manufacture allemande Schimmel qui continua leur fabrication à Braunschweig.

– 1994 : rachat des trois marques Pleyel, Gaveau, Erard par “Musique et Partenaires” au Mans, puis dans la même année par la manufacture des pianos Rameau, qui continua leur fabrication à Alès. La société Rameau devient alors “Manufacture Pleyel”, puis “Pleyel & Co”.

– 2000 : les trois marques Pleyel, Gaveau et Erard sont rachetées par Monsieur Martigny déjà propriétaire de la Salle Pleyel. Leur fabrication se poursuit à Alès et la société devient la “Manufacture Française de Pianos”.

– 2007 : La manufacture d’Alès ferme au printemps 2007 et les pianos Gaveau et Erard ne sont plus fabriqués en 2012. La manufacture des “Pianos Pleyel” ouvre en septembre 2007 à Saint-Denis, berceau historique de la fabrication des pianos Pleyel, et ceux-ci sont toujours fabriqués en 2012 sous la forme de pianos d’exception et de designers.

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