Histoire du piano : Pape

“L’artisanat d’art au service de la musique”

PAPE

Extrait de « Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique » de François-Joseph Fétis, tome 6, 1867

Henri Pape, facteur de pianos d’un mérite distingué, est né dans la Souabe, en 1787. Arrivé à Paris en 1811, il entra dans la fabrique de pianos de Pleyel, dont il dirigea les ateliers pendant plusieurs années.

En 1815, il établit lui-même une manufacture de ces instruments, et pendant près de quarante ans, presque chaque année fut marquée par quelqu’une de ses inventions. Ses premiers grands pianos furent d’abord construits d’après le système anglais de Broadwood et de Tomkinson ; mais doué d’un génie d’invention dans la mécanique, il ne tarda pas à introduire de nombreuses modifications dans la construction de ces instruments, et même à en changer complètement le principe.

L’objet principal qu’il se proposa d’abord fut de faire disparaître la solution de continuité qui, dans les pianos carrés et à queue, existe entre la table et le sommier, pour laisser un passage aux marteaux qui doivent frapper les cordes ; pour cela il reprit le principe de mécanisme placé au-dessus, d’abord imaginé par l’ancien facteur de clavecin Marius, puis renouvelé par Hildebrand, et enfin par Streincher, de Vienne ; mais évitant les défauts des bascules et des contre-poids employés par ces artistes, il combina un ressort en spirale calculé sur l’action du marteau de manière à relever rapidement celui-ci, par un effort si peu considérable, que la fatigue du ressort était à peu près nulle. Si, dans le piano à queue, ce système de construction laissait désirer plus de légèreté au mécanisme, et plus de limpidité dans le son, dans le piano carré, le plus beau succès a répondu aux efforts de M. Pape. Ce dernier a aussi introduit diverses variétés dans les formes et dans le mécanisme du piano vertical, auquel il a donné une puissance de son remarquable.

Les travaux de cet habile facteur ont reçu d’honorables récompenses dans le rapport avantageux fait sur ses instruments, le 19 septembre 1832, par la société d’encouragement pour l’industrie nationale ; dans celui de l’Académie des beaux-arts de l’Institut de France, fait en 1833 ; dans la médaille d’or qui lui a été décernée à l’exposition des produits de l’industrie, en 1834, et dans la décoration de la Légion d’honneur qu’il a obtenue en 1830.

Habile dans toutes les parties de la mécanique, il a inventé une machine pour scier en spirale les bois et l’ivoire, et il en a exposé les produits en 1827 ; un de ses pianos était plaqué de feuilles d’ivoire d’environ huit à neuf pieds de longueur et de deux de largeur.

Note de Xavier Bontemps :

La disparition de cette firme, qui employait à son apogée deux cents ouvriers et produisait mille cinq cents à deux mille pianos par an, s’explique en partie par les mauvaises qualités de gestionnaire de Jean-Henri Pape : les dépenses qu’il consacrait à la recherche étaient considérables. Il meurt le 2 février 1875, dans le dénuement le plus total.

Si son nom est quasiment ignoré de nos jours, ses travaux restent à la base de la facture actuelle du piano : on lui doit notamment la découverte du feutre en remplacement de la peau avec laquelle on garnit ordinairement les marteaux.

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