Histoire du piano : Erard

“L’artisanat d’art au service de la musique”

ERARD

Extrait du livre “Les Facteurs de Pianos et leurs Recherches” d’André Chenaud, 1970

Faire l’historique de la maison Erard, n’est ce pas faire celui du piano tout entier depuis son origine, jusqu’à ses plus récents perfectionnements et son histoire est si universellement connue qu’il faut se
limiter à la résumer.

La maison Erard a eu pour fondateur Sébastien Erard qui est justement considéré comme le plus grand mécanicien qui ait existé dans son genre d’industrie. Comme inventeur, il surpasse non seulement tous ses devanciers, mais aussi tous ceux qui, après lui, ont obtenu quelque renom en marchant dans le sillon qu’il avait tracé.

A la fin du 18° siècle, les pianos étaient paresseux de mécanisme, lourds de toucher et utilisés presque exclusivement pour l’accompagnement. Il fallait l’intervention d’un homme de génie pour donner au pianoforte la solidité, le toucher facile et obéissant, la pureté et la puissance du son que réclamaient les virtuoses et pour en faire l’instrument de concert le plus complet que nous possédions aujourd’hui.

Cet homme de génie fit soudain son apparition à Paris dans la personne du jeune Sébastien Erard. Né à Strasbourg le 5 avril 1752, d’un père ébéniste, il eut la passion pour les outils et une habileté précoce dans le travail du bois. Son père lui fit donner une excellente éducation professionnelle qui développa rapidement ses dons naturels. De plus, il se fit la main dans les ateliers de son père. Se fut en 1768, à la mort de celui-ci que Sébastien, alors âgé de 16 ans vint à Paris chercher fortune.

Il entra d’abord comme simple ouvrier dans une fabrique de clavecins où son besoin de tout connaître et de tout comprendre porta ombrage à son patron qui renonça bientôt à l’employer. Son second maître sut mieux apprécier ses qualités. Chargé de la construction d’un instrument hors ligne, et ne se sentant pas à la hauteur d’une tâche qui sortait de sa routine habituelle il s’adressa dans son embarras, à son jeune apprenti, qui se fit fort d’exécuter l’instrument mais qui dut s’engager envers son patron à n’en pas réclamer la paternité.

Erard construisit un superbe instrument que tout Paris admira, le facteur qui n’avait pas une très bonne réputation d’habileté, se trouvant pressé de questions, fut obligé de faire connaître à son client l’auteur de cette œuvre magistrale ; l’aventure se répandit dans le monde musical et attira l’attention sur le jeune artisan. il fit aussi un clavecin, chef-d’œuvre d’invention qui acheva de mettre le jeune facteur en évidence.

C’est ainsi qu’à 16 ans, Erard commença sa réputation. Présenté à la duchesse de Villeroy, il reçut d’elle une généreuse hospitalité pour l’installation d’un atelier dans l’hôtel de Villeroy. Ce fut là qu’il construisit son premier piano dont la vogue fut prodigieuse. Bientôt les Pianos Erard furent recherchés dans l’Europe entière. En 1780, Sébastien Erard fit venir à Paris son frère Jean-Baptiste qu’il initia à ses travaux et auquel il confia la direction de ses ateliers afin de pouvoir se livrer tout entier à ses recherches et à ses essais.

Peu après, se trouvant à l’étroit dans l’hôtel de Villeroy, les deux frères fondèrent dans la rue de Bourbon, l’établissement transporté plus tard rue du Mail.

La réputation des Erard et la prospérité qui en fut la conséquence ne pouvait manquer d’exciter autour d’eux la jalousie, mais le roi Louis XVI, la réputation du mérite de Sébastien Erard était venue jusqu’à lui, voulant le protéger des persécutions de l’envie, lui accorda un brevet qui affranchissait son établissement des entraves qu’on voulait lui imposer.

Peu de temps après, il s’intéressa à la harpe qui commençait à se répandre en France et dont le mécanisme était défectueux. Il inventa d’abord la harpe à fourchettes et simple mouvement puis, en 1811, ce fut le système à double mouvement qui dépassait tout ce que les harpistes avaient pu rêver.

Trois fois il obtint la médaille d’or aux expositions et il fut nommé chevalier de la légion d’honneur. Il présenta de nombreuses inventions, tant pour les pianos que les harpes et les orgues.

Après la substitution d’un ressort en métal à la place du ressort en baleine et la mécanique de piano à queue à pilote, en 1790, puis à échappement, le grand triomphe d’Erard fut l’invention du double échappement en 1823. Cette admirable invention qui permit désormais aux virtuoses de donner à leur exécution les nuances les plus délicates, mit le comble à la réputation de son auteur. Ce système n’a jamais pu être surpassé et seul le fabricant de mécaniques Schwander-Herrburger a trouvé beaucoup plus tard le moyen de le simplifier.

Sébastien Erard mourut le 5 avril 1831 après avoir apporté un dernier perfectionnement à ses pianos, en remplaçant les cordes de cuivre des notes basses par des cordes d’acier recouvertes d’un fil de cuivre roulé en spirale donnant un son meilleur.

Quand on connaît toutes les inventions sorties de son cerveau, on est étonné de constater qu’il avait à lui seul imaginé ou exécuté la plupart des innovations que des facteurs intelligents ont cru, de bonne foi, avoir trouvées de nos jours.

Formé à l’école de son oncle, Pierre Erard lui succèda et perfectionna la mécanique à double échappement à laquelle Sébastien Erard n’avait pu mettre la dernière main ; il en fixa définitivement les proportions et modifia toutes les parties de l’instrument afin de les mettre mieux en rapport avec le nouveau mode d’action.

L’exposition de 1834 valut une quatrième fois la médaille d’or à la maison Erard et la croix de la légion d’honneur à Pierre Erard.

En 1839, celui-ci réalisa un nouveau progrès, en créant la barre harmonique, dont le but était de donner aux notes hautes du piano un degré de pureté et d’intensité de son qui n’avait pas encore été atteint ; il parvint ainsi à mettre en parfaite harmonie cette partie du clavier avec les notes basses et le médium.

Le jury de l’exposition de 1839 récompensa d’une nouvelle médaille d’or les instruments de la maison Erard pourvus de cette barre harmonique.

En 1851, l’exposition universelle de Londres fut pour la maison Erard l’occasion d’un succès exceptionnel qui la classa hors pair des maisons concurrentes du monde entier. A la suite d’un concours resté célèbre, le jury international lui décerna la seule grande médaille d’honneur accordée aux pianos, pour le mérite de ses inventions, les qualités de ses instruments et aussi pour le goût artistique qui présidait à leur construction.

A la suite de ce succès, le gouvernement accorda à Pierre Erard la croix d’officier de la légion d’honneur, récompense rare à cette époque.

En 1850, il imagina un nouveau barrage en fer, et l’exposition qui devait avoir lieu à Paris en 1855, devint alors la préoccupation de Pierre Erard qui voulait dans sa patrie faire mieux encore qu’à Londres, mais la mort vint couper court à ses projets, il succomba le 16 août 1855, léguant à sa veuve ses établissements de Paris, et de Londres, et la mission d’en maintenir la renommée.

Secondée par les élèves que son mari avait formés, Mme Erard s’appliqua à doter ses ateliers de toutes les ressources qui pouvaient permettre de perfectionner encore ses instruments et enrichit, dans une noble proportion, le célèbre approvisionnement de bois auquel les pianos Erard doivent une partie de leurs qualités. Aussi, aux expositions de Paris 1867, et 1878, comme à celle de Sydney 1879, Melbourne 1880, Anvers 1855, Barcelone 1888 et Paris 1889, eut-elle la satisfaction de voir les pianos Erard conserver leur suprématie. Soucieuse d’assurer l’avenir de sa maison et de voir continuer l’œuvre à laquelle elle avait elle-même dévoué sa vie, Mme Erard s’était associée en 1883, à M. Blondel, depuis longtemps son principal collaborateur.

L’exposition de Barcelone valut à M. Blondel la croix de la légion d’honneur.

Appelé en 1900, à siéger au jury supérieur de l’exposition universelle de Paris, il reçut la rosette d’officier en récompense de l’éclat exceptionnel que la participation de la maison Erard avait apporté à la section Française des instruments de musique.

Presque toutes les mécaniques de pianos droits sont à lames et l’action de la pédale piano par barre tournante qui rapproche les marteaux des cordes (système maintenant adopté par tous les facteurs). Une des dernières inventions pour le piano droit a été le clavier à double pilote et la mécanique à talon de chevalet articulé qui a l’avantage de ne pas créer de jeu entre les touches et les chevalets de mécanique pendant l’action de la pédale piano.

Une des qualités des Erard, c’est l’homogénéïté des sons. Pendant près d’un siècle les queues d’Erard ont eu la préférence mais, tous les facteurs ayant adopté le cadre coulé d’une seule pièce et les cordes croisées, Erard a cherché à satisfaire, d’une part, les marchands techniciens, et d’autre part, les artistes professeurs routiniers de l’époque, en adoptant pour les uns la technique moderne et en continuant à fabriquer pour les autres, les queues à cordes parallèles et cela pendant de nombreuses années. Ce qui est important maintenant, c’est que pour deux pianos du même âge, mais de fabrication différentes, l’un a encore une grosse valeur et l’autre en a beaucoup moins, quoique il puisse rendre encore d’excellents services dans des locaux chauffés raisonnablement.

Depuis 1960, suivant la tendance à la concentration industrielle, la firme est rattachée à Gaveau, et l’ensemble est devenu la société Gaveau Erard.

En 1966, sortait le N° 132 600.

Note de Xavier Bontemps :

– 1971 : vente des trois marques réunis, Pleyel, Gaveau et Erard, à la manufacture allemande Schimmel qui continua leur fabrication à Braunschweig.

– 1994 : rachat des trois marques Pleyel, Gaveau, Erard par “Musique et Partenaires” au Mans, puis dans la même année par la manufacture des pianos Rameau, qui continua leur fabrication à Alès. La société Rameau devient alors “Manufacture Pleyel”, puis “Pleyel & Co”.

– 2000 : les trois marques Pleyel, Gaveau et Erard sont rachetées par Monsieur Martigny déjà propriétaire de la Salle Pleyel. Leur fabrication se poursuit à Alès et la société devient la “Manufacture Française de Pianos”.

Lien vers les archives Erard mises en ligne par la citée de la Musique

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